Jacques Servier, une mort sans guérison

Le 17 Avril 2014
Imprimer

Jacques Servier n’est pas mort guéri. À peine son décès était-il connu, hier au soir, que la vindicte populaire et médiatique se déchaînait pour vilipender celui qu’on est allé jusqu’à qualifier « d’escroc », regrettant que le procès du Mediator se déroule sans lui et n’ait pu aboutir à sa condamnation.
L’affaire Mediator trouvera son épilogue et la raison judiciaire identifiera probablement, un jour ou l’autre, des culpabilités. Mais le nom de Jacques Servier sera à jamais entaché d’infamie, la mémoire collective ne retenant de cette affaire de santé publique, dans un tragique argumentum ad hominem, que le nom d’un présumé coupable.
On osera tout de même, jusqu’au jour où un CEO zélé décidera d’abandonner le nom de Servier pour rebaptiser le 25e laboratoire pharmaceutique mondial, rappeler ce que le pharmacien orléanais aura construit en soixante ans, les 21 000 collaborateurs, les 3 000 chercheurs, la formidable contribution de l’entreprise à la richesse nationale et au commerce extérieur (35 % de l’excédent de la balance commerciale française dans le secteur du médicament), sans oublier, bien sûr, les millions de patients qui auront été ou seront soulagés par un médicament des laboratoires Servier.
L’affaire Mediator aura finalement été le symbole du rapport schizophrénique des Français avec l’entreprise, la réussite, mais aussi avec la santé. Dans ce tourbillon de déraison, l’imaginaire collectif transforme le praticien défaillant ou le laboratoire pharmaceutique en adversaires plus résolus que la maladie même. Les psychiatres appellent cela un transfert. Et les guérisons sont rares.