Les frondeurs qui ont claqué la porte du Leem le 8 janvier dernier l’avaient annoncé d’emblée. La montagne provoquée par ce départ inopiné n’allait pas accoucher d’une souris, mais d’un syndicat professionnel en bonne et due forme. Sanofi, Ipsen, Servier, LFB, Pierre Fabre, Théa et Guerbet – soit l’ossature du G5 Santé qui restera cantonné à son rôle de think tank – ont mis leur projet à exécution en portant ce jour sur les fonts baptismaux une nouvelle organisation baptisée Initiative Pharma qui n’entend pas concéder une miette de représentativité à son grand rival. « Comment en serait-il autrement ? » estime Charles Wolf, le patron de Sanofi France qui vient de prendre pour un mandat d’un an la présidence tournante d’Initiative Pharma, « les membres fondateurs investissent plus de 4 Md$ chaque année en R&D, ils emploient quelque 36 000 salariés et représentent 50 % de l’emploi industriel de la filière ».
Il n’y aura donc aucune ambiguïté : le nouveau syndicat qui entend défendre « l’innovation en France et la souveraineté parce qu’elles sont intimement liées », siègera bien aux différentes instances qui définissent la politique du médicament, et notamment la politique conventionnelle. Même s’il ne dispose pas encore de tous les blancs-seings légaux « Il n’est plus concevable que les industriels qui produisent en France ne soient pas plus valorisées que ceux qui considèrent la France comme un simple comptoir » s’irrite l’un des coalisés d’Initiative Pharma. « Le résultat de cet aveuglement, c’est que seulement 9 % des nouveaux médicaments approuvés en Europe sont fabriqués en France, et que 40 % des médicaments autorisés sont indisponibles en France. Le recul est considérable et expose les patients français à des risques de chance » poursuit Charles Wolf.
Afin de remédier à cette situation préoccupante, Initiative Pharma propose d’ores et déjà trois mesures choc… guère éloignées de ce qu’exigeait le Leem. Il exhorte ainsi les pouvoirs publics à ce que des critères de souverainetés soient intégrés à toutes les étapes du parcours du médicament afin de valoriser l’investissement en France et en Europe. « Nous demandons également à ce qu’une enveloppe budgétaire – hors objectif national de dépenses d’assurance maladie – soit créée et dédiée à l’innovation et à la souveraineté sanitaire ». Last but not least, Initiative Pharma demande à ce que la politique d’innovation et de souveraineté sanitaire fasse l’objet d’une loi de programmation quinquennale sur le modèle de la loi de programmation militaire (LPM).




