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Thierry Hulot, président du Leem

Médicament : l’heure des choix

Pour une (re)fondation de notre politique du médicament, par Thierry Hulot, président du Leem

Face aux menaces croissantes qui pèsent sur l’accès aux traitements, la souveraineté sanitaire et l’attractivité de la France, Thierry Hulot, président du Leem, appelle à des États généraux du médicament. Il alerte sur l’urgence d’une réforme en profondeur et d’un sursaut collectif.

Le modèle français du médicament est à la croisée des chemins. Nous devons regarder lucidement où nous en sommes. La France, longtemps leader en matière de recherche biomédicale et d’accès aux soins, perd du terrain à grande vitesse. Les signaux d’alerte se multiplient : perte de souveraineté industrielle, désaffection des investissements internationaux, complexité réglementaire paralysante…

La situation est critique : le taux de nouveaux médicaments disponibles en France est de 60 % (vs 89 % en Allemagne et 93 % en Italie), le délai d’accès à ces traitements – hors dispositifs dérogatoires – est de 523 jours, contre 391 jours pour l’Italie et 50 jours pour l’Allemagne ! Une spirale préoccupante qui met en danger les patients et fragilise notre système de santé. Le développement de nouvelles thérapies s’accélère à l’échelle mondiale – thérapies géniques, ARN messager, immunothérapie – mais la France n’en bénéficie pas pleinement.

Pourquoi ? Parce que notre système n’est plus adapté à la réalité de l’innovation. Les blocages administratifs, les délais d’évaluation et les mécanismes de fixation des prix brident l’arrivée des médicaments innovants. Cela crée une perte de chance pour les patients et une forme de découragement chez les chercheurs et les industriels.

Nous devons retrouver le sens de notre mission : faire en sorte que l’innovation parvienne rapidement à ceux qui en ont besoin.

UN PILIER STRATÉGIQUE DE SOUVERAINETÉ

La pandémie de Covid-19 a servi d’électrochoc : sans industrie pharmaceutique forte, il n’y a pas de souveraineté sanitaire. Pourtant, nous sommes 5 ans après l’épidémie et, en France, la production pharmaceutique continue de reculer. Le poids des contraintes réglementaires et économiques rend notre territoire moins attractif. En 2022, seuls 6 % des essais cliniques mondiaux se sont déroulés en France.

Et dans la dernière décennie, 40 sites industriels ont fermé leurs portes. Ce constat est incompatible avec nos ambitions. Il faut repenser notre politique industrielle avec lucidité et volontarisme, pour faire de la France un hub de l’innovation thérapeutique, et non un simple marché secondaire.

La réforme en cours de la législation pharmaceutique européenne est une opportunité historique. Mais cette réforme ne doit pas être guidée uniquement par des logiques budgétaires. Elle doit viser à renforcer l’accès équitable aux traitements, soutenir la recherche et favoriser la production sur notre sol. La France peut porter une voix forte dans ce débat européen.

«Il faut repenser notre politique industrielle avec lucidité et volontarisme, pour faire de la France un hub de l’innovation thérapeutique»

Une voix exigeante, constructive, qui défend à la fois la santé publique, l’innovation et la souveraineté industrielle. Il ne s’agit pas d’opposer économie et santé, mais de construire un modèle durable qui concilie les deux. Conscients des contraintes qui pèsent sur le budget de la France, les entreprises du médicament appellent à trouver collectivement des pistes d’efficience, comme nous l’avions fait l’an dernier.

Nous demandons de redonner de la valeur au médicament, qu’il soit du quotidien ou qu’il représente un progrès thérapeutique, de définir une trajectoire de dépenses soutenable et prévisible, qui réponde réellement aux besoins des Français et permette d’investir, d’innover et de produire en France, de garantir un accès des patients aux traitements alignés sur les standards européens, de faire de la santé un levier de souveraineté nationale et européenne, au même titre que l’énergie, l’agro-alimentaire, le numérique ou la défense.

VERS DES ÉTATS GÉNÉRAUX DU MÉDICAMENT

Aujourd’hui, il faut sortir de la gestion à court terme et bâtir une vision stratégique de long terme. C’est pourquoi le Leem a appelé solennellement à l’organisation d’États généraux du médicament.

Il est temps de remettre à plat les mécanismes d’accès, de prix, de régulation, de production. Les médicaments représentent seulement 9 % des dépenses de santé dans notre pays mais sont soumis à une régulation parmi les plus punitives d’Europe. Les produits matures, reconnus comme essentiels, voient leurs prix s’effondrer, menaçant leur disponibilité et l’équilibre d’une industrie…

Il est temps de poser les bases d’un pacte renouvelé entre les pouvoirs publics, les industriels, les professionnels de santé et les patients. Il faut un « choc de simplification », une gouvernance dédiée, un pilotage interministériel cohérent. Car le médicament n’est pas une variable d’ajustement budgétaire : c’est un bien stratégique, un levier de progrès et un droit pour les patients.

Le médicament en France, c’est aussi 250 sites industriels, 45 000 emplois directs et des investissements massifs dans la transition écologique et la recherche. Nous sommes à un moment décisif. Les enjeux ne sont pas théoriques : ils sont concrets, humains, urgents.

Face à la dégradation de notre modèle, nous n’avons plus le luxe d’attendre. Nous devons agir, faire des choix. Et faire confiance aux acteurs de la filière pour bâtir ensemble une politique du médicament à la hauteur des défis de demain.

C’est possible. À condition d’en faire une priorité nationale et européenne.

Thierry Hulot, président du Leem


Le médicament : un créateur de valeur non valorisé
> 1 euro investi dans l’industrie pharmaceutique génère 2,10 euros de richesse pour l’économie française
> 6 milliards d’euros investis par les industriels en recherche et innovation
> 2,8 milliards d’euros investis par les industriels en production
> Près de 110 000 collaborateurs (emplois directs et indirects), dont 70 % en régions
> 60 % du résultat d’exploitation des entreprises ponctionné en 2023, dont plus de 80% de fiscalité sectorielle
> Une clause de sauvegarde qui tend à se pérenniser à 1,6-1,7 milliards d’euros, soit 6% du chiffre d’affaires des laboratoires pharmaceutiques
> Des prix de médicaments inférieurs de 11 à 16 % à la moyenne européenne
> 9 dirigeants sur 10 estiment que la France n’est plus attractive pour le secteur


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