L’annonce a surpris les observateurs, même si d’aucuns estimaient que le feu couvait sous la braise. L’Américain Paul Hudson, nommé CEO de Sanofi en 2019 avec pour mission d’engager le groupe dans une transformation de grande magnitude, vient d’être évincé par le conseil d’administration de la big pharma tricolore. Il y a encore quelques jours, ce dirigeant de 58 ans exhortait les investisseurs et les analystes à lui donner « encore un peu de temps » afin de faire émerger du pipe de Sanofi, l’improbable pépite susceptible de remplacer le Dupixent, le traitement star qui représente aujourd’hui plus du tiers du CA réparti dans une dizaine d’indications de maladies auto-immunes. Rappelons que ce blockbuster doit perdre toutes ses protections en 2031. Le conseil d’administration en a donc décidé autrement et acté le non-renouvellement d’un dirigeant qui fut l’artisan de la réorientation du portefeuille vers les produits innovants, « au prix d’une forte exposition au risque de dépendance à une poignée de médicaments » estime un analyste ; il pointe l’ombre et le rôle majeur joué par Frédéric Oudéa, le président du conseil d’administration de Sanofi qui semble avoir milité en faveur de cette éviction. Paul Hudson quittera ses fonctions le 17 février, et sera remplacé par l’espagnole Belén Garijo, l’actuel CEO de l’Allemand Merck qui sera nommée le 29 avril prochain lors de l’assemblée générale. Cette dirigeante, médecin de formation, est une vieille connaissance de Sanofi puisqu’elle y a passé une quinzaine d’années, notamment au poste de vice-présidente des opérations extérieures pour l’Europe et le Canada. Belén Garijo a quitté Sanofi en 2011 après avoir plaidé et œuvré pour l’intégration de la biopharm américaine Genzyme au sein du groupe après son acquisition. L’annonce du départ de Paul Hudson et de l’arrivée de Belén Garijo a été plutôt favorablement accueilli par les syndicats qui attendent de la nouvelle dirigeante « qu’elle soit une réconciliatrice, susceptible de désengager l’entreprise de multiples dépendances, notamment à l’endroit du marché américain. Il est de temps de réorienter l’activité vers le sud-est asiatique ».




