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Covid-19 : l’étude Monaco d’Hemarina sacrifiée par l’AP-HP ?

Et si l’AP-HP n’avait pas eu que de bonnes raisons de se retirer de l’étude Monaco (M101 OxygeNAtion COvid) ? On sait que les hôpitaux de Paris se sont brutalement désengagés il y a quelques jours de l’essai clinique qu’ils s’apprêtaient à lancer pour évaluer la tolérance d’une solution issue de l’hémoglobine du ver marin Arenicola Marina chez des patients Covid-19 en détresse respiratoire aiguë.
La direction de l’AP-HP aurait souhaité s’attribuer « 90 % de la valeur ajoutée des applications thérapeutiques du transporteur d’oxygène M101 », nous indique un porte-parole d’Hemarina, le laboratoire breton qui développe de longue date ce produit. Elle a « aussi repoussé notre proposition de développer le traitement en open source, ce qui nous semblait pourtant assez bien convenir à la situation sanitaire actuelle », estime-t-on chez Hemarina qui a logiquement opposé un refus à ces prétentions. De surcroît, les mauvaises relations qu’entretiennent le directeur général de l’AP-HP Martin Hirsch et le Pr. Laurent Lantieri, le principal soutien d’Hemarina, auront certainement pesé défavorablement sur la décision.
C’est à la suite de la découverte – par l’envoi d’une lettre anonyme (!) – d’une étude préclinique de 2011 aux résultats décevants que l’ANSM a suspendu le 8 avril l’inclusion des patients dans l’essai qu’elle avait autorisé quelques jours plus tôt. Immédiatement, l’AP-HP, son promoteur exclusif, décidait de l’interrompre avant même de l’avoir lancé. Cette volte-face a totalement déconcerté la direction d’Hemarina qui relativise la portée de l’étude préclinique de 2011 : « Le design, mené avec un produit sensiblement différent sur seulement quelques porcs, souffrait de multiples biais. D’ailleurs, une étude postérieure (2012) a démontré que les modèles porcins développent un macrophage qui s’attaque justement à la molécule que nous avions testée à l’époque ».
Même réaction chez le Pr. Laurent Lantieri, chef de service à l’hôpital Georges-Pompidou, qui a pu évaluer à plusieurs reprises « l’efficacité et l’innocuité du M101 pour des greffes, notamment du visage ». Il s’insurge contre « cette décision disproportionnée (qui) ne va pas dans l’intérêt des patients Covid-19. Je suis abreuvé de sollicitations de confrères qui me font part de leur incompréhension et souhaitent réamorcer cette étude. On aurait très bien pu juste suspendre sa mise en œuvre ». On sait que ce praticien de renom a été en conflit il y a quelques années avec Martin Hirsch et avec l’ARS qui voulaient limiter l’exercice libéral de son activité au sein des hôpitaux de l’AP-HP.
A l’heure où nous écrivons ces lignes, des contacts ont été pris par Hemarina avec d’autres centres hospitaliers, en France comme à l’étranger, pour la relance de l’essai Monaco.

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