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Le paracétamol érigé en symbole de la souveraineté sanitaire

« On pourra, par exemple, pleinement reproduire, conditionner et distribuer du paracétamol en France. Il nous faut retrouver la capacité à faire cela » : les propos du chef de l’État, tenus mardi dernier à Lyon lors de sa visite chez Sanofi à Marcy-l’Étoile, ont été reçus cinq sur cinq par le gouvernement. À tel point que deux jours plus tard, le ministre de la Santé Olivier Véran et la secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie Agnès Pannier-Runacher ont repris, mot pour mot, la parole présidentielle pour annoncer que « des travaux sont engagés avec Seqens, Upsa et Sanofi pour que, d’ici (à) trois ans, la France soit en mesure de reproduire, conditionner et distribuer du paracétamol. »
Cette relocalisation de la production du principe actif du médicament le plus utilisé par les Français – 60 % d’entre eux s’en font délivrer au moins une boîte chaque année – prend même l’allure d’un symbole, puisqu’elle constituera « le premier exemple de cette démarche ». Il était naturellement important d’associer Sanofi et Upsa (groupe Taisho) qui, avec Doliprane pour l’un, Dafalgan et Efferalgan pour l’autre, se partagent au côté des génériqueurs un marché évalué en 2017 par l’Assurance maladie à 443 millions de boîtes admises au remboursement pour le paracétamol non associé et à 94 millions de boîtes de paracétamol associé à divers composés (codéine, tramadol, phéniramine…), sans compter ce qui est consommé à l’hôpital ou sans ordonnance.
Il est tout de même paradoxal que cette volonté politique de relocalisation intervienne six mois tout juste après l’annonce d’une cession des médicaments OTC de Sanofi – dont Doliprane est le fleuron – à un tiers qui sera possiblement étranger ou, au mieux, à une spin-off dans laquelle le laboratoire français ne conservera qu’une participation minoritaire. Paul Hudson a-t-il évoqué ce projet devant Emmanuel Macron, lors de la visite de mardi ?
Reste le chimiste Seqens (1 Md€ de CA en 2018), groupe à capitaux français – il est contrôlé par le fonds Eurazéo, au côté d’Ardian et de Mérieux Développement – qui produit déjà du paracétamol… mais en Chine. Avec l’Inde, le continent asiatique truste d’ailleurs la production mondiale de l’antalgique et antipyrétique vedette. La dernière société à avoir fabriqué du paracétamol sur le sol français était Rhodia : c’était en 2008 sur le site de Roussillon, dans l’Isère. Trois ans après la fermeture de l’unité, le site était repris par Novacap, devenu Seqens, qui y produit désormais du phénol et des intermédiaires pour la production d’aspirine.

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